
Peur de l’avion : ce n’est pas “dans votre tête”, c’est dans votre système d’alarme. Nous allons voir comment il se déclenche (parfois bien avant le décollage), pourquoi l’éviter renforce la phobie, et comment l’EMDR – en individuel ou en groupe – peut vous aider à reprendre le ciel sans vous épuiser.
1. Les « films catastrophe » : quand le cerveau confond images et réalité
Chez la plupart des personnes qui ont peur de l’avion, le cœur du problème n’est pas l’appareil lui-même, mais ce que le cerveau imagine qu’il va se passer : crash, malaise, perte de contrôle, humiliation devant les autres passagers…
Ce sont des images du futur – qu’on appelle parfois flashforwards – mais votre système d’alarme les traite comme si c’était en train d’arriver maintenant. Résultat : montée de tension, accélération du rythme cardiaque, envie de fuir… alors même que vous êtes assis sur votre canapé ou à la porte d’embarquement.
Ces réactions ne prouvent pas que l’avion est dangereux. Elles prouvent surtout que votre cerveau émotionnel n’a pas appris à faire la différence entre une image interne et un danger réel. Le but de la thérapie n’est pas de vous convaincre intellectuellement que « l’avion est sûr », mais d’aider votre système nerveux à se calmer face à ces scénarios.
Je me souviens de Claire, 42 ans. Elle évite l’avion depuis des années. Quand elle essaie de réserver un vol, une scène revient toujours : elle se voit debout dans l’allée, en train de crier, incapable de se contrôler, pendant que les autres passagers la regardent avec gêne.
Elle n’a jamais vécu cette scène. Pourtant, son corps réagit comme si c’était un souvenir : sueurs, vertiges, impression d’étouffer. Elle ferme l’ordinateur, abandonne la réservation, se sent « soulagée »… et sa peur se renforce.
En séance, le travail consiste à identifier ce film intérieur, à le décrire suffisamment pour le reconnaître, puis à l’aborder de manière graduelle et sécurisée. L’objectif est que, petit à petit, cette image perde son pouvoir de déclencheur automatique.
Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas de « se forcer » à revivre seul ses pires scénarios mentaux. Chez certaines personnes (traumatismes complexes, troubles dissociatifs, épisodes psychiatriques récents), une exposition trop directe à ces images peut être déstabilisante.
Dans ces situations, un travail préalable de stabilisation est nécessaire (apprendre à revenir au présent, repérer ses signaux d’alerte, installer des ressources apaisantes) avant d’aborder les films catastrophe en profondeur. C’est au thérapeute d’évaluer ce cadre avec vous.
Un premier pas possible, sans vous mettre en danger, consiste simplement à repérer vos films catastrophe :
- donnez-leur un titre (« le crash », « la scène où je perds le contrôle », etc.),
- notez à quel moment de la journée ils apparaissent le plus souvent,
- observez ce qui se passe dans votre corps quand ils se déclenchent.
Vous n’avez pas à les combattre ni à les analyser seul(e). Le fait de les identifier clairement prépare déjà le terrain pour un travail thérapeutique ciblé (par exemple en EMDR), où ces images pourront être abordées de manière progressive et contenue.
2. Ce n’est pas que l’avion : une phobie d’un processus entier
La plupart des personnes qui ont peur de l’avion disent : « C’est dans l’avion que je panique ».
En réalité, l’angoisse commence bien avant le décollage.
Pour beaucoup, chaque étape du voyage devient un déclencheur possible : parler de vacances, chercher des billets, recevoir une confirmation par mail, faire sa valise, se rendre à l’aéroport, passer le contrôle de sécurité, attendre en porte d’embarquement.
On parle alors de phobie de processus : ce n’est pas un objet isolé qui pose problème, mais une séquence entièred’actions et de décisions.
Comprendre cela aide à sortir d’une idée culpabilisante : « Je suis ridicule, je suis juste incapable de m’asseoir dans un avion ». En réalité, votre système d’alarme se déclenche bien en amont, parfois dès la première pensée « Et si je devais prendre l’avion ? ».
Marc, 38 ans. Il dit d’abord : « Je ne peux pas être enfermé dans l’avion ». En détaillant, il se rend compte que son anxiété commence dès que son entreprise évoque un séminaire à l’étranger.
Il dort mal plusieurs semaines avant, vérifie compulsivement les mails dans l’espoir que le voyage soit annulé. La veille du départ, il a des nausées et finit par envoyer un message à son manager : « Je suis malade, je ne pourrai pas venir ».
En séance, le travail consiste à cartographier la chaîne complète :
- première annonce du séminaire,
- conversations avec les collègues,
- réservation des billets,
- trajet vers l’aéroport,
- attente en porte d’embarquement.
L’EMDR est ensuite utilisé pour cibler des moments précis de cette séquence (par exemple un souvenir d’attaque de panique à l’aéroport) et des scénarios anticipés, plutôt que de se focaliser uniquement sur le moment du vol.
Il est tentant, une fois cette chaîne comprise, de vouloir « tout affronter d’un coup » : réserver un long vol, se mettre la pression pour « réussir »… Cette approche brute peut conduire à une détresse excessive et à un nouvel échec, renforçant la conviction « Je suis irrécupérable ».
Un travail efficace se fait par étapes, dans un cadre sécurisé : hiérarchiser les situations (du moins au plus anxiogène), ajuster le rythme en fonction de votre tolérance, et prévoir des stratégies de régulation si l’angoisse monte.
Un exercice simple consiste à dessiner votre “ligne de voyage” :
- Sur une feuille, tracez une frise allant de « On me parle d’un voyage » à « J’atterris ».
- Notez toutes les étapes intermédiaires.
- Pour chaque étape, évaluez votre niveau d’angoisse sur 10.
Cette carte donne une base très concrète pour un travail thérapeutique (individuel ou en groupe EMDR), en identifiant où intervenir en priorité, plutôt que de réduire votre problème à « être dans l’avion ».
3. Votre cerveau n’est pas cassé : il fonctionne trop bien pour vous protéger
Beaucoup de personnes phobiques disent : « Mon cerveau est défaillant, il ne comprend pas que l’avion est sûr ».
Du point de vue clinique, c’est l’inverse : votre système d’alarme fonctionne très bien, parfois même trop bien. Il a associé l’avion – ou une situation perçue comme similaire – à un risque majeur, et il déclenche la réaction de survie dès qu’il croit reconnaître ce contexte.
Ce n’est donc pas un défaut de volonté ou d’intelligence. C’est un apprentissage émotionnel qui s’est rigidifié : à partir d’un événement (vol très turbulent, période de stress intense, récit marquant), le cerveau a tiré une conclusion générale : « Avion = danger ». La bonne nouvelle, c’est que ce type d’apprentissage peut être modifié.
Samir, 45 ans. Il a fait un vol très secoué il y a dix ans, à une période où il traversait déjà un épuisement professionnel. Depuis, son angoisse augmente à chaque fois qu’il prend l’avion.
En séance, il raconte : « C’est comme si mon corps se souvenait mieux que moi. Dès que j’entends “turbulences”, je perds pied ».
Le travail en EMDR consiste à revenir, de manière contenue, sur ce vol particulier et sur d’autres moments où il s’est senti en danger ou dépassé. Pendant qu’il garde en tête ces éléments, on lui propose une double tâche (suivre un mouvement, compter, tapoter) qui sollicite sa mémoire de travail.
Au fil des séances, le souvenir devient moins envahissant, d’autres informations remontent (« l’équipage restait calme », « l’avion a quand même atterri normalement »), et l’association automatique « turbulences = catastrophe » se relâche.
Ce type de travail n’est pas adapté à toutes les situations, ni à tous les moments.
En cas de traumatismes multiples, de dépression sévère non stabilisée, de conduites addictives actives ou d’idées suicidaires, un abord direct de certains souvenirs ou sensations peut être inadapté. Un travail préalable d’évaluation, de stabilisation et de coordination avec d’autres soignants est alors nécessaire.
L’EMDR n’est pas une technique d’auto-soin à pratiquer seul sur des événements très chargés émotionnellement.
Une piste simple pour changer de regard consiste à reformuler votre discours intérieur :
- Remplacez « Mon cerveau est nul, il ne comprend rien » par « Mon système d’alarme s’est dérèglé, mais il peut se recalibrer ».
- Notez noir sur blanc ce que votre peur essaie de vous éviter (perdre le contrôle, être piégé, être jugé).
Cette façon de voir ouvre la porte à un travail thérapeutique qui ne vise pas à « vous faire violence », mais à réentraînervotre système de protection pour qu’il s’active au bon moment, plutôt que tout le temps.
4. “Il me faudrait des années de thérapie” : ce que la thérapie EMDR peut (et ne peut pas) faire
Beaucoup de personnes hésitent à consulter parce qu’elles imaginent un processus long, coûteux, sans garantie de résultat : « J’ai cette peur depuis 20 ans, il me faudrait des années de thérapie ».
À l’inverse, certains messages sur les réseaux sociaux promettent une guérison en « 2 séances d’EMDR », ce qui peut créer de faux espoirs.
La réalité clinique se situe entre ces deux extrêmes : la thérapie EMDR est souvent plus rapide que ce que les patients craignent, mais pas toujours aussi spectaculaire que certaines histoires le laissent penser.
Julie, 34 ans. Elle a vécu un vol très turbulent il y a trois ans, sans antécédent anxieux particulier. Depuis, elle redoute chaque déplacement professionnel.
En thérapie EMDR, le travail s’est centré principalement sur :
- ce vol précis,
- quelques scénarios anticipés de « perdre le contrôle dans l’avion »,
- et un souvenir ancien où elle s’était sentie piégée dans un train bondé.
En 6 séances, ses scores de détresse ont nettement diminué, elle a pu reprendre plusieurs vols avec une anxiété gérable.
À l’opposé, un autre patient, avec une longue histoire de trouble panique et d’évitements multiples (avion, métro, grands magasins), a nécessité une phase de préparation plus longue : apprentissage de la régulation des sensations physiques, travail sur d’autres peurs avant d’aborder l’avion.
Il est important de ne pas approcher la thérapie EMDR comme un « test » :
- si quelques séances ne suffisent pas, ce n’est pas une preuve d’échec ni de « cas désespéré » ;
- si la phobie s’inscrit dans un contexte plus large (dépression, agoraphobie, traumatismes répétés), le thérapeute pourra proposer un cadre de travail plus progressif.
Par ailleurs, même lorsque la peur diminue nettement en séance, il reste souvent nécessaire de valider dans la réalité les changements (reprendre un vol, même court). Le but n’est pas de se contenter de se sentir mieux « en thérapie », mais de pouvoir voyager avec un niveau d’angoisse compatible avec votre vie quotidienne.
Pour clarifier vos attentes, vous pouvez, lors d’un premier contact avec un praticien EMDR Europe :
- expliquer depuis combien de temps dure votre peur,
- préciser si d’autres situations vous posent problème (métro, foule, espaces fermés),
- demander comment il/elle envisage le cadre et la durée approximative du travail dans votre cas.
Cette discussion ne peut pas tout prédire, mais elle permet de sortir du fantasme « soit deux séances miracles, soit dix ans de thérapie », et d’entrer dans un projet plus réaliste, co-construit avec le professionnel.
5. “Je ne veux pas parler de ma panique devant des inconnus” : la thérapie EMDR de groupe
Pour beaucoup, « thérapie de groupe » rime avec « raconter sa vie devant des inconnus » ou « écouter des histoires traumatiques qui vont encore plus m’angoisser ».
Les formats EMDR de groupe actuels fonctionnent généralement autrement : ils utilisent une structure guidée, où chaque personne travaille principalement en silence, sur son propre matériel interne, sans devoir partager les détails de son histoire.
Dans un groupe dédié à la peur de l’avion, une dizaine de participants se retrouvent sur plusieurs séances. Parmi eux, Nadia, 39 ans, explique en début de parcours qu’elle ne supporte pas l’idée de « se mettre à nu » devant les autres.
Le cadre lui est alors présenté :
- chacun note pour soi ses situations les plus difficiles (sans les lire à voix haute),
- le thérapeute guide le groupe à travers des étapes communes (stabilisation, ressources, travail sur les images liées à l’avion),
- les stimulations bilatérales (tapping, mouvements oculaires adaptés au groupe) sont faites de manière synchronisée, mais le contenu travaillé par chacun reste privé.
Au fil des séances, Nadia remarque que le simple fait de voir d’autres personnes aux prises avec la même peur réduit son sentiment de honte. Elle peut poser des questions, partager brièvement ce qu’elle se sent prête à dire, tout en gardant la maîtrise de ce qu’elle ne souhaite pas exposer.
Le groupe n’est pas adapté à toutes les situations.
En cas de traumatisme complexe, de risque de décompensation aiguë, de dissociation marquée ou de difficultés à rester en lien avec les autres, un travail individuel est souvent préférable, au moins dans un premier temps.
Le cadre du groupe doit être clairement posé : confidentialité, possibilité de demander un temps individuel si une réaction devient trop intense, présence d’un ou plusieurs co-thérapeutes pour soutenir le dispositif.
Si l’idée d’un groupe vous attire un peu mais vous inquiète beaucoup, vous pouvez :
- demander un entretien individuel préalable avec l’animateur pour vérifier si ce format vous convient,
- poser toutes vos questions concrètes : « Devrai-je raconter mon histoire ? », « Que se passe-t-il si je me sens dépassé(e) ? »,
- clarifier les objectifs du groupe (par exemple : mieux tolérer l’idée de voler, préparer un vol précis, diminuer les évitements).
L’enjeu n’est pas de vous convaincre à tout prix d’entrer en groupe, mais de vous donner assez d’éléments pour décider si ce cadre peut être un soutien pertinent pour vous aider à sortir de l’isolement face à la peur de l’avion.
Cohorte pilote | Groupe EMDR
PEUR DE L’AVION (PSYCHOÉDUCATION + RESSOURCES + EMDR CIBLÉ)
Le groupe est en cours de constitution.
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