⚠️ Thérapie EMDR : ces moments où la capacité de régulation est dépassée

person holding a compass

Décider en 30 secondes de poursuivre, doser ou stabiliser

En séance EMDR, certains moments sont décisifs : l’émotion monte trop fort, ou au contraire la personne se fige, s’éteint, se perd dans le flou. Plutôt que de parler de “crise” ou de “bascule”, je préfère une formule simple et clinique : moments de dépassement de la capacité de régulation.

Ce n’est pas rare. Ce n’est pas un échec. C’est une information : à cet instant, le système nerveux n’arrive plus à maintenir une présence suffisante pour continuer le retraitement de la même manière.

Le rôle du thérapeute est alors de décider rapidement — poursuivre, doser ou stabiliser — en restant en lien, sans forcer, et sans abandonner le cadre.

Voici un outil concret : une vérification rapide en 30 secondes, utilisable en plein milieu d’une séance.


La question de base

Avant de poursuivre, je me pose une seule question :

Est-ce que la personne peut rester présente, en lien, et garder une double attention suffisante ?

  • Si oui : je continue.
  • 🟠 Si partiellement : je dose.
  • 🛑 Si non : je stabilise et je clôture proprement.

La check-list C.O.R.P.S. — 30 secondes

Cinq points d’observation rapides pour évaluer l’état de régulation en temps réel.

1. C — Contact (lien et réactivité)

À observer : la voix (vivante vs. monotone ou lointaine), le délai de réponse, la capacité à répondre à une consigne simple.

⚠️ Signaux d’alerte : “c’est flou”, “je suis loin”, “je ne sais plus” ; réponses mécaniques ou très pauvres ; difficulté à rester dans l’échange.

2. O — Orientation (temps, lieu, présent)

Mini-test :

  • “Où êtes-vous là, maintenant ?”
  • “On est en quelle année ?”
  • “Regardez autour : pouvez-vous me nommer 3 choses que vous voyez ?”

⚠️ Signaux d’alerte : difficulté à nommer le présent, regard absent, confusion temporelle.

3. R — Respiration (indice direct de régulation)

À observer : souffle fluide vs. souffle court, pauses involontaires, respiration très haute et serrée… ou très faible.

⚠️ Signaux d’alerte : souffle bloqué, essoufflement qui s’emballe, respiration réduite associée à une immobilité.

4. P — Posture (tonus, crispation, figement, effondrement)

À observer : crispation (mâchoire, épaules, mains), tremblements, posture qui s’affaisse, engourdissement, froid, immobilité.

⚠️ Signaux d’alerte : figement net, effondrement marqué, corps rigide ou au contraire totalement relâché.

5. S — Sensations (double attention et ancrage)

Test simple :

  • “Pouvez-vous sentir vos pieds au sol tout en gardant une petite partie de votre attention sur l’image ?”
  • “Sentez-vous encore votre corps ?”

⚠️ Signaux d’alerte : absorption totale dans la scène ; “vide”, “blanc”, perte du fil ; “je ne sens plus mon corps” ; flou, déconnexion, temps qui se brouille.


Décider : poursuivre, doser ou stabiliser

✅ Poursuivre

Quand contact, orientation, respiration, posture et sensations sont globalement stables : je poursuis le retraitement.

🟠 Doser

Quand il y a des signes de dépassement partiel, mais que la personne reste joignable : je raccourcis les séquences, je ralentis le rythme, j’insère un bref retour au présent (regard sur la pièce, nommer 3 choses), et je vérifie : “est-ce supportable, ou trop proche du débordement ?”

Objectif : retrouver une zone de travail tolérable et pilotable.

🛑 Stabiliser et clôturer

Quand les signes indiquent un dépassement net — désorientation, souffle bloqué, figement, effondrement, panique débordante, mise à distance importante — : j’arrête le retraitement, je reviens au présent (repères sensoriels + orientation + contact), je restaure une respiration possible, je clôture proprement et j’établis un plan pour l’après-séance.


La phrase repère

Dans les moments de dépassement de la capacité de régulation, je reviens d’abord à la présence et au lien… puis je choisis la suite.


En supervision : une question pour aller plus loin

Quel est votre signe le plus fiable d’un dépassement de la capacité de régulation ? Souffle bloqué, regard absent, figement, effondrement, flou/confusion, ou impression d’être loin ?

Identifier votre propre boussole clinique vous permet d’agir plus vite — et plus justement — au moment décisif.


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